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Chapitre 13 du voyage à travers le vieux monde de warhammer de plusieurs chevaliers vampires en quête de suprématie martiale et d’immortalité.

Temps de lecture estimé : environ 24 min

Feu & Sang – Chapitre 13

Je répète que j’ignore ce qui s’est produit !

Le guerrier poussa un cri de rage avant de pointer un index accusateur sur Warda.

L’ordre de son père était cinglant. Le ton comme le regard employé n’admettaient pas de protestations.

Il s’interrompit soudain alors que le seigneur elfe allait répliquer. Une lueur lui traversa le regard et dans la seconde il fit volte-face, se penchant sur l’enchanteresse.

L’elfe recula de quelques pas, sa robe diaphane voletant derrière elle. Elle secoua la tête.

Warda soupira puis se tourna vers Helion en quête de soutien. Cependant, il n’était pas en mesure de lui apporter cette aide. Lui-même brûlait de lui réclamer cette faveur. Si elle n’était pas en mesure de décourager le danseur, il suivrait son fils dans cette folie.

Elle prit le temps de reprendre son souffle. Père et fils étaient pendus à ses lèvres.

Bothel prit quelques secondes pour digérer ces informations. Mais déjà il revint à la charge :

Celui-ci s’interrompit, rouge de colère.

L’ordre était sévère. Le regard du seigneur lourd de menaces.

L’espace de quelques instants le souverain sembla avoir gagné en stature. Il dominait à présent son fils pourtant bien bâtit. Sa tunique finement ciselée se soulevait au rythme de ses inspirations. Mais son poignet ne tremblait pas alors qu’il désignait fermement la sortie.

Fulminant, Bothel se précipita à l’extérieur de la demeure. Ce n’est qu’après une minute qui sembla durer des siècles que Warda rompit le silence.

La douleur était palpable dans la voix de cet elfe qui semblait maintenant bien moins imposant, écrasé par le poids du destin.


La mâchoire aux crocs acérés claqua dans le vide. Puis la bête retomba sur ses appuis et fit volte-face, prête à bondir à nouveau. Une lame Lahmienne vint toutefois la clouer au sol. L’acier lui traversait la gueule de part en part, pourtant celle-ci continua de gigoter pour s’en défaire. Il fallut s’acharner quelques instants et projeter des échardes dans toutes les directions pour qu’enfin la chose ne cesse de bouger.

Manesh’k s’agenouilla pour examiner le cadavre. Il esquissa une grimace puis se redressa. La réponse était positive…

Prudemment, il revint auprès des deux autres mort-vivants. Dans chaque direction, une lumière latente émanait des sous-bois, comme un coucher de soleil ayant lieu dans chaque direction, ou un incendie les ayant encerclé. Sauf que cette lueur ne tremblait pas comme l’auraient fait des flammes. Elle était diffuse, comme une sorte de brume s’étalant aux frontières de leur champ de vision. Et où qu’ils aillent, ces bêtes de ronces les traquaient et les agressaient sans relâche. Abattre leurs congénères ne les dissuadait pas vraiment de revenir à l’assaut…

Il posa le regard sur ses deux camarades. Tous les trois étaient en piteux états. La tunique impériale de Gilnash était en lambeaux et l’armure de Luther n’avait que peu à lui envier. Quant à Manesh’k il ne portait plus que des loques : à l’exception de son épée, tous les éléments de son équipement en métal étaient tombés en poussière. Jusqu’à sa boucle de ceinture et les ornements de son fourreau.

Mais, plus que leur état lamentable ou le fait qu’ils ignorent où ils étaient : l’elfe était avec eux, mourante. Mais bel et bien vivante. Les battements faiblissants du cœur logé dans sa poitrine résonnaient à leurs oreilles comme des coups de massue.

Gilnash leva la tête sur l’épéiste, hagard. Il devinait de quoi souffrait son ami. Depuis qu’ils avaient atterris dans cet endroit ils n’avaient pas entendu un bruit, hormis les bêtes de ronces. Pas un seul animal, pas le moindre chant d’oiseau. Ces bois nuisaient à l’ornithologue, coupé de ses compagnons à plumes. Plus longtemps ils resteraient là et plus Gilnash s’éloignerait d’eux. Manesh’k le savait. Ils avaient déjà été confrontés à ce genre d’isolement par le passé. Plus tôt ils quitteraient cette foret mieux se serait.

Venant brusquement voleter à hauteur du regard de Manesh’k, l’esprit translucide lui rappela que lui aussi avait été piégé. Agitant ses bras simiesques, trop long pour son corps trapu, il blâmait le mort-vivant pour quelque chose qu’il se fichait de savoir. Distraitement il le chassa de la main comme s’il s’agissait d’un insecte indésirable. Les piquants qui lui hérissaient le dos s’allongèrent comme il pestait de plus belle…

Se nourrir aurait soulagé leurs blessures, à défaut de les régénérer. Mais malgré cela Gilnash refusa d’un signe de la tête. Le corps inanimé dans les bras, il percevait juste sous ses doigts les battements de cœur de plus en plus espacés. A seulement quelques centimètres sous la peau froide…

Il eut un rictus ironique.

Si Manesh’k avait encore eu un cœur, celui-ci aurait probablement raté un battement. Qu’est-ce que l’ornithologue lui sortait là ? Ils étaient écorchés, lacérés, les côtes brisées… Des mortels auraient été cloués au sol, auraient cessés de se battre… Et pourtant il réalisa que Gilnash disait vrai. Son regard alla de son ami à ses paumes de main. Luther était aussi bousculé que lui. Lui dont la peau du visage avait été arrachée, plus que ses aînés, aurait dû succomber à sa bête intérieure. Tous les trois, dans leurs états respectifs, n’auraient pas dû avoir à tergiverser sur une proie offerte comme celle-ci. Elle devrait déjà n’être qu’une carcasse exsangue depuis des heures. Or elle continuait d’agoniser entre leurs mains, bel et bien vivante.

Se faisant il écarta une mèche de cheveux bruns, collés au front de la mourante par la transpiration. Elle était glacée sous ses doigts. Son regard était désolé.

Gilnash détourna le regard.

Du regard il balaya l’océan de fougères, songeur. Il s’attarda sur la lumière jusqu’à ce que l’esprit hérissé de piquants ne vienne à nouveau voleter dans son champ de vision. C’était un pari osé. Tous les trois avaient eu des réactions des plus violentes en embrassant la non-vie Mais avaient-ils seulement le choix ?


Assis en tailleur sur la branche basse d’un résineux, dénuée d’épines, le changeforme observait. En silence. L’immense homme-arbre était agité. Cela n’avait rien de nouveau. Mais les événements de la veille n’avaient de toute évidence rien arrangés. A plusieurs reprises, l’esprit vénérable avait brusquement disparut du bosquet pour réapparaître sans prévenir d’un autre côté. Même la suite de buissons incarnés et de dryades qui ne le quittaient jamais ne parvenait pas à le suivre. Ils entraient dans une frénésie confuse puis se ruaient vers l’homme-arbre lorsque celui-ci réapparaissait. A l’heure actuelle, Gusternum ne faisait probablement plus de distinction entre homme, elfe et mort-vivant. Aussi lorsqu’il entendit approcher l’enchanteresse, bien avant qu’elle ne soit en vue, il vint à sa rencontre. Se faisant, il contourna avec précaution les esprits de la forêt.

Elle acquiesça. Ce n’est que lorsqu’ils se furent suffisamment éloignés au goût de l’elfe solitaire qu’il reprit :

Anos la scruta, l’air surpris.

Elle hocha la tête en signe de résignation. Anos admettait déjà ce que ni elle ni sa famille refusaient d’accepter : Gaylria était morte à l’instant où le bannissement avait frappé la fille d’Helion.

Anos inclina la tête de côté, attendant de voir où l’enchanteresse voulait en venir.

Se passant la langue sur les lèvres, Anos fit quelques pas, avant de revenir à l’enchanteresse.

Devant la mine perplexe de son interlocutrice, Anos balaya du pied les feuilles mortes et révéla le terreau sous celles-ci. Du gros orteil, il traça grossièrement le symbole qu’il avait remarqué au cou de la bête. Un chiffre humain “huit”, stylisé et déformé. Le regard de Warda s’éclaira aussitôt. Elle avait en effet vu le pendentif, mais sur le coup n’y avait accordé aucune importance.

Elle se tourna vers Anos qui prenait le temps de soigneusement effacer le dessin impie.

La vérité semblait si évidente à présent…


Bothel se laissa tomber de la branche. Il s’approcha lentement de la dépouille, ses épaules s’affaissant à chaque pas. Les plaies à moitiés cautérisée fumaient encore avec la fraîcheur matinale. Le meurtre était tout récent, mais il était parfaitement conscient que traquer la bête serait vain. Les éclaireurs comme l’enchanteresse de son père étaient aveugles aux mouvements de cette créature. Lui, simple guerrier, n’avait que peu de chances de la retrouver.

Le combat avait dû être rude : la corne de l’animal était tachée d’un sang qui n’était pas le sien. Mais cela c’était révélé insuffisant… Au moins, l’agonie de la licorne ne s’était pas éternisée.

Poings crispés, il ravala un hurlement de rage. Son impuissance le rendait malade. Il ne pouvait pas sauver sa sœur. Il ne pouvait pas protéger la forêt du démon assoiffé de sang. Il ne pouvait pas passer sa colère sur les mort-vivants responsables de ce chaos.

Le regard sombre, il chercha quelle direction pouvait avoir empreinté la bête. En vain…


Délicatement, l’ornithologue déposa le corps par terre. Maintenant, il fallait attendre. Attendre que la malédiction fasse effet. Que cette elfe dont ils ignoraient tout les rejoigne dans la non-vie. Les trois vampires échangèrent plusieurs regards. Il n’y avait pas besoin de paroles. Ayant remarqué leur changement de comportement, l’esprit aux piquants vint voleter entre eux, mais ils n’y prêtèrent pas attention. Pas même lorsqu’il vint voleter près du visage de l’elfe, blême.

Tous trois pivotèrent dans la direction qu’indiquait Luther. Quelqu’un les avait rejoints. A une dizaine de mètres d’eux, une autre elfe les dévisageait, impassible. Elle semblait apparue de nulle part, trompant les sens affûtés des mort-vivants

Mais l’enchanteresse ne répliqua pas, se contentant de les observer. Sa robe diaphane voletait autour d’elle. Pourtant il n’y avait aucun vent pour la soulever.

Levant son épée entre eux deux, Manesh’k fit quelques pas prudents vers elle.

Sans prévenir l’elfe fut remplacé par une nouvelle créature végétale. A l’instant où l’illusion fut dissipée, elle ouvrit grand une gueule garnie d’épines. La chose projeta ses membres en avant et comme s’il s’agissait de lassos ils vinrent s’enrouler autour du vampire prit au dépourvu. Avant qu’il ne puisse réagir elle le traînait déjà à lui, des anneaux de lianes et de lierres se resserrant autour du mort-vivant. Son épée tomba au sol, inutile.

Brandissant sa propre épée, Luther se précipita en avant. Il dû cependant se raviser : tel un monstrueux serpent, la bête de bois gobait tout entier son aîné. Etouffé et comprimé, il ne pouvait trancher à coup d’épée sans blesser la victime.

Il poussa un juron et attrapa sa dague. Le corps de Manesh’k était agité de spasmes incontrôlés. Même sa nature de mort-vivant ne pourrait supporter longtemps un tel traitement. Tirant sur un lien, Luther entreprit de le sectionner, mais celui-ci était recouvert d’une écorce sur laquelle sa lame ne faisait que glisser. De plus…

Il bondit en arrière, secouant sa main blessée. Ébahi il constata que des épines aussi longues que son index avaient instantanément jaillit du tentacule verdâtre. Elles avaient traversé son gantelet comme du papier. La mâchoire serrée, il chercha à toute allure comment aider le vampire. Il consulta l’ornithologue du regard, mais celui-ci n’avait pas de réponse à lui fournir, pris de cours…

Un cri inhumain fit brusquement sursauter Luther. Sous leurs yeux ébahis, la chose végétale… hurlait de douleur. Elle se tortilla en tous sens, visiblement en proie à une souffrance insoutenable. Ses tentacules glissèrent sur eux-mêmes jusqu’à révéler deux braises incandescentes. Les anneaux étrangleurs se resserrèrent plus encore, évitant soigneusement les sphères brûlantes. La bête avait l’intention d’en finir. Mais la manifestation arcanique entra en mouvement, venant s’apposer sur les plus gros anneaux.

Luther et Gilnash étaient pétrifiés. Tous deux étaient debout, face à ce prodige. Les boules de feu allaient et venaient, mutilant sans pitié l’incarnation végétale qui ne cessait de hurler. Uns à uns les tentacules tombaient au sol, noircis par les flammes. Jusqu’à ce que les anneaux ne se desserrent et que la créature ne roule pitoyablement au sol.

Devant eux, inspirant à pleins poumons, se tenait le vampire, secoué mais entier. Au creux de ses paumes étaient lovées les flammes salvatrices qui continuaient de brûler, alimentée par la rage du mort-vivant. Le souffle rauque, alors que celui-ci n’avait pas besoin de respirer de par sa nature, il les laissa progressivement se consumer. Sa peau ne portait même pas la trace des cendres du sortilège.

Les compagnons restèrent incrédules.

Manesh’k jeta à son cadet un regard fatigué. Il trébucha et sans Luther se serait pitoyablement étalé au sol.

Luther amena Manesh’k près du corps de l’elfe où il se laissa tomber de tout son poids.


Runtnar insista bien sur ce dernier mot, désignant l’assiette posée au milieu de la route, à quelques pas seulement de l’imposant menhir. Depuis leur arrivée, tous les trois campaient à l’orée de la forêt et laissaient une assiette de nourriture se gâter, au grand désarroi des deux nains. Tous deux n’étaient pas stupides et avaient bien compris qu’il s’agissait d’une offrande ou d’une sorte d’invitation. Ils savaient Loren hantée. Mais l’acharnement du répurgateur mettait leur patience à rude épreuve…

John garda le silence. Il n’avait pas vraiment de réponses à offrir. Si ce n’est qu’en pénétrant les bois sans invitation tous les trois ne trouveraient que la mort. Il soupira. La piste était froide à présent. Et les vampires avaient, selon toutes vraisemblances, disparus dans le sous-bois. Jamais ils n’en ressortiraient.

Runtnar vint se poster entre le répurgateur et son paquetage, fermement campé sur ses appuis.

Il s’interrompit. Le rictus de haine qui c’était lentement dessiné sur le visage de John Grenaille le laissa sans voix. Plusieurs veines de son front pulsaient dangereusement au-dessus de ses yeux écarquillés. Il souffla intensément à plusieurs reprises, puis se détourna du nain. Il le contourna puis se pencha sur son paquetage.

John et Runtnar se tournèrent vers le second nain qui, comme à son habitude, était resté un témoin silencieux de toute la scène. Hrugnir c’était levé et, serrant le manche de son maillet, observait la route en plissant les yeux.

Un individu se trouvait entre le menhir et la gamelle. Seul, vêtu d’un pagne et armé d’une épée pointée vers le sol. Son torse, sa jambe et son bras droit étaient recouverts de tatouages de loups et végétaux, tandis qu’un rapace était dessiné sur sa joue. Son regard perçant était encadré de mèches de cheveux tressés. L’elfe était bien plus musclé que la plupart de ceux que John avait eu l’occasion de rencontrer.

A contrecœur, Runtnar s’exécuta, ensuite imité par son frère.

Les deux nains tiquèrent, mais John ne releva pas l’offense. Il délaissa l’offrande et les rituels dont on lui avait autrefois parlé pour entrer dans le vif du sujet.

La mine de l’elfe paru brusquement s’assombrir comme il avançait vers eux d’un pas énergique. Se faisant il releva sa lame d’un air menaçant. Runtnar le mit aussitôt en joue alors que Hrugnir se rapprochait de John.


Le sourire joyeux de Bothel et nos courses-poursuites au cœur de la foret faisait toujours fulminer notre père, Helion. Nous savions qu’il était interdit de venir dans ces bosquets. C’était précisément pour cela que ne venions qu’ici…

Le bonheur de vivre découvrir ces créatures fabuleuses. Les marchands les retiennent dans des cages parce qu’ils chantent, mais ils ne méritent pas d’être emprisonnés. Ces idiots ne comprennent même pas les mélodies : ce sont des prières d’espoir, de liberté, pas de vulgaires sons issus d’instruments humains.

Retiens attentivement mes paroles car je sais que tu les entendras. Mon nom est Gilnash et je suis né de l’autre côté du continent il y a des centaines d’années.


Il inspira puis repris mécaniquement :

Un craquement en hauteur les fit brusquement sursauter. Un nouvel ennemi venait de se laisser tomber des branches. Luther eu juste le temps de rouler de côté en emportant le corps de l’elfe pour ne pas qu’il soit découpé par un fouet végétal, hérissé d’épines. Jurant, Manesh’k se mit à genoux. Il était une cible facile dans son état.

Attrapant l’épée Lahmienne de son frère, Gilnash repoussa la bête. Mais celle-ci ne renonça pas et revint aussitôt à l’assaut.


La colère de père fut sans précédents lorsque Bothel partit. Même mon rite initiatique parmi les cavaliers du vent fut évincé. Pourtant je fus la première à souffrir de son départ : depuis toujours mon grand-frère avait été là. Et aujourd’hui il m’avait abandonnée.

Battre des ailes, crier sa joie à pleins poumons, sentir le vent sur ses plumes… Jamais je ne pourrais vivre de sensations plus intenses que partager le vol d’un prince des airs. C’est du moins ce que je croyais. En une nuit, la soif de sang a tout fait basculer.

Je sais que mes souvenirs défilent sous tes yeux en ce moment. Les souvenirs ne mentent pas. C’est pour cela que tu dois avoir confiance : nous ne sommes pas vos ennemis.


Le lien s’enroula autour de la lame. D’un coup sec elle fut projetée de côté. Toutefois la poigne du vampire ne céda pas et il suivit avec. Son corps se fracassa contre un tronc proche avant de disparaître sous les fougères.

La chose de ronces se tourna à présent vers ses victimes suivantes. Levant sa propre épée, Luther s’interposa entre elle et les deux blessés.

Nullement intimidée la créature se jeta en avant et s’empala jusqu’à la garde. D’un mouvement rapide Luther arracha une partie entière de son corps, sans plus d’effet. Il roula à son tour de côté, touché à la tête par un membre bardé d’épines.

Se relevant péniblement, Gilnash vit leur ennemi se pencher sur Manesh’k, offrant son corps en bouclier à l’elfe inconsciente. Tous deux allaient être réduits en charpie s’il n’intervenait pas !


La coquille tremble sous mes doigts. Il est sur le point d’éclore. Et quelque minute plus tard, des étoiles pleins les yeux comme une petite fille, je découvre ce frêle animal. Non, il est bien plus qu’un animal. Aujourd’hui, ce n’est qu’un nouveau-né, mais demain il sera le seigneur du ciel. Il sera mon compagnon. Mon ami. Il sera Anok !

Combattre la soif pour chaque cœur battant à proximité, lutter contre la bête intérieure pour ne pas succomber à la folie. Les préceptes d’Abhorash sont inhumains. Ils sont trop durs à suivre… Mais il le faut. Car au fond de moi je sais qu’il s’agit de la seule chose à faire. Sinon s’ôter définitivement la vie. Pour mes frères des cieux et mes frères de sang, je serais fort, je saurais résister.

Je ne vais pas te cacher que le réveil sera douloureux. Tu as mortellement été touchée et je n’avais qu’un seul moyen de te sauver. A la soif viendras s’ajouter ta blessure. Il va te falloir réaliser l’impossible. Il va falloir que tu résistes. De toute façon, il n’y a pas d’hôtes ici pour te contenter.


Feulant avec plus de violence que jamais, l’esprit simiesque fusa de nulle part. Il traversa littéralement la bête de ronces avant de virevolter, gesticulant comme un diable. L’effet fut immédiat. Leur agresseur recula, affecté par l’animal intangible d’une quelconque façon. Il s’arc-bouta et poussa une série de grincements menaçants. Mais leur compagnon au dos de porc-épic ne se laissa pas intimider et continua de protester. Et, aussi incroyable que cela paraisse, il repoussait la créature. Beuglant des sons inarticulés, il continua de molester son adversaire jusqu’à ce que finalement il ne tourne les talons.

Bouches-bé, les trois vampires suivirent la bête de ronces du regard jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans les ombres. Puis revinrent à l’esprit translucide.


Aujourd’hui nous sommes assez forts. Père est enfin fier de nous et n’a plus besoin de nous comparer à Bothel. Lui-même est envieux de mon statut, il me l’a confessé lors d’une visite. Anok nous a emmenés tout deux sous les étoiles. A présents nous sommes réunis. Bothel, Anok et moi. Rien ne pourrait être plus merveilleux.

Il l’a fait. Père y est parvenu. La dépouille du monstre s’est fracassée devant nous, tandis qu’Abhorash était enfin libéré de la malédiction. C’est à peine croyable. Après tant de décennies, nous savons qu’il existe une transcendance à notre état. Et j’entends bien y parvenir moi aussi. C’est avec mes frère, Manesh’k et Walach que nous entamons notre propre quête. Nous trouverons nous aussi des adversaires à notre mesure. Nous vaincrons une fois pour toute la soif écarlate.

Les paupières de Gaylria se soulevèrent. Ses prunelles de jade étaient striées de rubis. Du plus profond de ses entrailles monta un cri d’agonie. Elle se redressa brusquement et laissa sa souffrance éclater à pleins poumons.