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Chapitre 10 du voyage à travers le vieux monde de warhammer de plusieurs chevaliers vampires en quête de suprématie martiale et d’immortalité.

Temps de lecture estimé : environ 23 min

Feu & Sang – Chapitre 10

Dave ! Leon !

John se redressa brutalement en rejetant ses draps. Haletant, il poussa un cri de douleur lorsque ses côtes brisées le ramenèrent à la réalité. Il n’était plus dans les souterrains de Grissenwald mais dans sa chambre. A l’auberge. L’un des soldats avait dû le ramener.

Lorsque la douleur se dissipa enfin, il lorgna ses vêtements et son manteau. Ils gisaient sur une chaise, soigneusement pliés. Ses brassards et le mécanisme de prise en main des revolvers se trouvaient sur le bureau, à côté d’une assiette de pain, de fromage et de la chandelle qui éclairait la pièce.

Le répurgateur grogna en se levant, lentement. La moindre respiration était un supplice, mais il en avait vu d’autres. Et il devait savoir. Son estomac qui hurlait famine attendrait.

Le silence tomba dans la salle principale lorsqu’il descendit la dernière marche avec précaution. Tous les clients avaient les yeux rivés sur cet homme qui dissimulait son regard sous un chapeau et se déplaçait tel un vieillard. Mais il n’en avait cure. Il posa péniblement les coudes sur le comptoir et aussitôt le barman lui fit face.

Si son ton était faible la lueur qui brulait dans ses prunelles fit littéralement fondre le pauvre tenancier.

Avec un regard noir, John se tourna vers le nain qui venait d’interrompre les deux hommes. Aussitôt l’aubergiste fila s’occuper d’un autre client, sans demander son reste.

Après un instant, le répurgateur lui emboîta le pas. Il esquissa une grimace furtive en s’asseyant, puis baissa les yeux sur l’assiette de légumes fumants que lui tendait le nain.

Le répurgateur grimaça mais se contenta ensuite d’écouter. Il apprit que de la troupe venue de Nuln à ses côtés, il n’y avait pas un seul survivant. Sauf lui. Encore et toujours…

Dubitatif, John le laissa continuer. S’ils étaient tous deux ressortis de là vivant, c’est qu’il n’y avait plus grand chose à craindre sous terre. Quant à Dave et Léon, leur absence à cette table parlait pour eux

D’un simple regard John l’encouragea à poursuivre, mâchant lentement la nourriture. Il sentait que ce qui allait suivre ne lui plairait pas.

Le nain se pencha en avant et, après avoir vérifié qu’on ne les écoutait pas, poursuivit d’un ton conspirateur.

Le répurgateur pris le temps d’avaler sa bouchée. Il reposa ses couverts et plissa les yeux. A qui appartenait ce second corps?

Baissant encore la voix il continua.

Piochant dans sa besace il vérifia une fois encore qu’on ne faisait plus attention à eux. Le nain déposa discrètement deux longues canines sur le bords de l’assiette. D’une main tremblante, John porta l’une des dents à hauteur d’yeux.

John leva sur lui un regard nouveau. Le nain réprima un frisson. Ce n’était pas le regard qu’il s’attendait à voir chez le répurgateur blessé : c’était un regard dans lequel couvait une braise ardente qu’il venait de ranimer.

Devant le silence du nain, il poursuivit :


Pestant, le mort- vivant fit volte- face et frappa à plusieurs reprises le corps déjà méconnaissable qui gisait là.

Sans prendre part au débat, Gilnash restait silencieux, accroupis à l’écart du charnier où évoluait Luther.

Hochant la tête, Gilnash regarda la tête de l’humain rouler jusqu’à lui alors que Luther continuait à s’acharner sur son torse.

Joignant le geste à la parole, il devint totalement immobile, louchant presque alors qu’il scrutait intensément le cadavre ouvert. Un léger picotement parcouru la peau de Manesh’k alors qu’il le regardait faire. Le mort eu un premier soubresaut. Puis du sang gicla de la cage thoracique.

Il voyait ce qu’il se passait. Le vent s’enroulait autour de Luther comme il l’avait fait pour le nécrarque. Et les volutes suivaient son bras dressé pour s’immiscer dans la carcasse. La jambe trembla. Les épaules se crispèrent. Dans un craquement laborieux, le soldat décapité et éviscéré se redressa.

Le corps retomba en arrière avec un bruit flasque.

Devant le regard insistant de Gilnash, le vampire eu un sourire d’enfant qui ne peut plus se retenir de cacher son secret. Il leva la main et claqua des doigts. Dans une étincelle crépitante, une flammèche trembla au sommet de son index.

Alors que Luther l’observait avec un regard emplit d’envie, il referma le poing et dissipa la flamme.

Luther éclata d’un rire moqueur, mais Gilnash lui garda son attitude sérieuse.

Manesh’k leva les yeux au ciel, mais ne nia pas. Gilnash était en piteux état lorsque ce groupe de soldats, venus également pour s’abriter de la pluie, était entré dans la grotte où ils avaient trouvés refuge. Et en prime il avait à nouveau des vêtements, son pourpoint de cuir ayant volé en lambeaux lors de sa transformation.

Goutant l’air humide sans pour autant ressentir le besoin de respirer, Manesh’k suivit ses deux compagnons à l’extérieur. Mais un détail continuait à le troubler. Nulle part en plusieurs siècles d’errances il n’avait été confronté à un phénomène de ce genre. Pourtant il avait vu des choses bien surprenantes aux côtés de l’ancien commandant des troupes Lahmiannes. Le mystère de cette lumière qui avait bien faillit l’emporter restait entier.


Cela faisait quatre jours à présent qu’ils avaient laissés Grissenwald derrière eux. Par réflexe, Luther jeta un œil par-dessus son épaule avant de pousser un grognement.

Se détournant du ciel dégagé, Manesh’k lui jeta un regard empreint d’autorité, mais le cadet ne cilla pas.

Il laissa quelques instants le silence apaisant de la nuit retomber, puis repris :

Empoignant Gilnash par l’épaule, il le força à se retourner et plongea son regard luisant de colère dans les prunelles écarlates de l’autre vampire.

Mais Gilnash fit signe à son ami de ne pas intervenir. Cherchant ses mots, il répondit calmement :

Le cadet lâcha un soupir exaspéré en levant les yeux au ciel sans pour autant le relâcher. Gilnash poursuivit, implacable:

Il avait soigneusement appuyé le lien de parenté reliant les deux morts- vivants.

Luther lâcha le col du vampire, mais celui- ci le retint par l’épaule, l’empêchant de fuir. Depuis trop longtemps ses colères agaçaient l’ornithologue. A présent qu’il avait ouvert cet abcès dont souffrait son neveu il comptait bien le vider complètement.

Silencieusement, Luther acquiesça.

Manesh’k et Gilnash. Il appréciait ces deux aînés qu’il suivait sur les routes du vieux monde depuis plusieurs années déjà. Ils avaient toujours été honnêtes avec lui, bien plus que les vivants auxquels l’avait arraché son père dans la non- vie. Et il savait que c’était pour ce genre de raisons que Walach Harkon, premier fils d’Abhorash, lui avait conseillé de les accompagner. Pas seulement parce qu’il était proche du fils de Manesh’k. Mais parce qu’ils partageaient les mêmes liens. Ils étaient une famille.


Sirotant le fond de son outre, le soldat jeta un dernier regard fatigué aux ténèbres silencieuses. Ces patrouilles minaient son moral, mais il eut tout de même un sourire en songeant repos qu’il gouterait bientôt. Son quart était bientôt achevé et peut être aux pays des songes aurait- il la chance de retrouver son épouse et sa petite fille. Toute deux devaient paisiblement dormir, loin d’ici, chez lui à Dunkelberg. Et cette pensée lui redonna un peu de baume au cœur.

D’un pas plus léger il se glissa entre les couchages des autres gardes, cherchant celui qui prendrait la relève pendant qu’il se reposerait à son tour. Il s’agenouilla lorsqu’il le trouva et le secoua doucement pour le réveiller. L’autre grommela un moment mais finit par ouvrir les yeux.

Ronchonnant, son camarade grogna dans sa barbe mais finit par quitter sa couche.

De la tête il lui fit signe que non, puis positionna son sac de façon à en faire un oreiller.

Un glapissement strident les fit tout deux sursauter. En panique, un félin sauvage traversa leur clairière comme une balle, disparaissant dans la nuit aussi vite qu’il était apparu, sans cesser de pousser des cris aigus. Les deux soldats, tout à coup parfaitement réveillés, échangèrent un regard et bondirent sur leurs jambes.

Aucune des deux sentinelles n’était en mesure de le dire. Tous deux balayaient le sous- bois du regard, cherchant ce qui avait bien pu effrayer l’animal de la sorte.

Et il le vit. Immobile à la lisière de leur clairière, devant la marée de fougères. Il semblait frêle de carrure mais l’illusion était trompeuse. Une longue protubérance osseuse à l’arrière son crâne surmontait sa paire de cornes spiralées. Entre celles- ci dansait une langue démesurée qu’on aurait juré être un serpent en colère. Et son regard. Il brillait comme deux puits de métal en fusion qui transperça la peau des humains.

Inclinant la tête de côté, la créature embrassa le camp qui prenait vie sous ses yeux. Elle darda sa longue langue encore quelques instants et huma le fumet qui s’agitait devant elle. Puis elle se replia légèrement sur elle- même, ses muscles recouverts d’écailles rouges et noires luisant faiblement sous le reflet des torches s’allumant.

Tous sursautèrent lorsque la créature se jeta brusquement en avant. Elle feula comme un tigre en bondissant à la gorge du premier homme à portée et tous deux roulèrent au sol dans un mélange confus de cape et d’écailles. Un voisin, pas complétement réveillé, fut aveuglé par une éclaboussure et la terreur déforma son visage alors qu’il portait les mains à ses joues maculées de fluides écarlates.

Il embrocha violement la créature qui fut projetée de côté avec un grognement de rage. Roulant sur le ventre comme un insecte, elle releva la tête et feula dans sa direction, menaçant à nouveau de sa longue langue cet humain téméraire. Sa face squelettique et ses bras dégoulinaient des fluides qu’elle venait de répandre. Le coup qui aurait pourtant mis à terre un sanglier ne semblait qu’à peine l’avoir affecté.

Avec une certaine forme de majesté, le monstre se releva lentement et se dressa de toute sa stature, toisant les gardes de son regard incandescent.

Interrompant l’humain, le démon leva brusquement les bras. Dans un bruissement feutré il fit apparaître de nulle part ses deux lames orangées. Ce fut suffisant pour que le peu de courage qu’avaient encoreces hommes ne s’effrite. La créature poussa un dernier grondement sauvage avant de se jeter à la curée.


Leur altercation remontait à plusieurs jours auparavant désormais. Tous les trois avaient quitté l’empire en traversant l’imposante chaine de montagnes qu’étaient les Monts Gris, sans plus croiser de signe de civilisation depuis Dunkelberg.

Restant légèrement en retrait, Manesh’k se contentait d’observer. Lui ne percevait rien de particulier, contrairement à ses deux compagnons. Pour lui, ce n’était d’un imposant menhir, une pierre qui culminait à plus de trois mètres de haut, plantée sur le bord du chemin. Un symbole à moitié effacé par le temps, gravé à hauteur d’homme, retenait vaguement son attention. Mais il ne s’y serait nullement attardé sans Luther et Gilnash.

Le cadet fit quelques pas sur le chemin s’enfonçant dans le bois, puis haussa les épaules.

Ils passèrent donc l’imposante pierre sans s’y interesser davantage. Le monde recelait bien des secrets oubliés et il était monnaie courante qu’ils en croisent des restes à travers leurs décennies d’errances. Ce monolithe ne les interpella pas outre mesure.


Deux charniers a à peine à quelques jours d’écarts. Plus d’une trentaine de morts au total. John restait silencieux devant les flammes, se contentant d’observer la fumée que dégageaient les corps.

Il aurait souhaité faire davantage pour ces pauvres hommes, leur offrir des sépultures décentes. Mais ses proies ne l’attendraient pas. C’était la crémation ou laisser les corps se décomposer et risquer d’attirer des prédateurs. Et trop souvent des scènes comme celle- ci étaient le point de départ d’épidémies. C’était un choix dur à faire mais ce n’était pas la première fois auquel il y était forcé. Et sûrement pas la dernière…

Les frères se tournèrent vers John. Depuis le début de leur “chasse” il se refusait à leur donner les détails qu’il avait pourtant promis à l’ainé. Ce second bûcher semblait toutefois justifier qu’il leur révèle davantage sur leurs proies.

Runtnar haussa les épaules. Ce genre de manigances était un peu trop complexe pour lui. Dans le doute, il préférait trancher à coups de pétoire.

Il grogna. Tellement de zones d’ombres, tellement de questions, tellement d’incohérences…

J’ai l’impression de jouer avec seulement la moitié des cartes en main”, songea- t- il. “Nécromancie, démons, vampires et mort- vivants… quel est le lien entre tout ça ?

Astiquant du pouce la crosse de son tromblon, il se retourna vers les flammes. Il ne détournait pas le regard, gravant ces visages brûlant dans sa mémoire.

Il soupira et grimaça. Même ceci le faisait souffrir…

Il mettait visiblement le doigt sur un détail qui échappait à John. Celui- ci l’encouragea à poursuivre.

Il ne put retenir un frisson en repensant aux corps. Tous, sans exceptions, avaient eu la gorge réduite en lambeaux…

John se détourna du brasier pour jeter un œil au “frérot” enfin sorti de son mutisme. Il aurait facilement pu passer pour un tueur : avec une carrure pareille il ne lui manquait que la teinture rousse. A cela s’ajoutait les deux hachettes croisées dans son dos et le maillet qu’il trimballait à la main. Peut- être si un tel individu…

Le répurgateur secoua la tête et chassa ces sombres pensées de son esprit. Que quelqu’un comme Hrugnir ait été présent ou non sous Grissenwald n’aurait rien changé au massacre qui s’y était déroulé. Tous étaient morts et ce n’étaient pas ses remords qui les vengeraient ou les ramèneraient.

Il n’était pas sans connaître la géographie de la région. Il savait de quel bois parlait Runtnar : une immense forêt, un espace boisé s’étendant à perte de vue. Un véritable océan de verdure s’étendant des racines des Montagnes Grises jusqu’aux Duchés, à des kilomètres et des kilomètres de là. Un bois qui dissimulait bien plus de choses que ne semblaient le réaliser les deux nains.

La question valait en effet la peine d’être posée : les morts- vivants s’aventureraient-ils dans la forêt de Loren ?