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Des enfants disparaissent à proximité de Dol’Valhar, village isolé en Sylvanie où un chevalier de sang a abandonné son ancienne vie d’errances et excellence martiale.

Temps de lecture estimé : environ 21 min

Une histoire à Dol’Valhar

Charles avait la mine soucieuse. Il posa le verre propre derrière le comptoir.

Satisfaite, elle jeta finalement son torchon de l’autre côté du bar, puis vint s’y accouder.

Elle plongea les mains dans ses longs cheveux détachés, plus noirs que l’encre. Et soupira après un instant.

Elle réprima un frisson rien que d’y songer. Si la poignée d’hommes du Comte sur place se révélaient incapable de mettre la main sur l’auteur de ces disparitions, les familles auraient tôt fait de déserter le village d’Enttäuschend. Comme ces bohèmes qui y résidaient une bonne partie de l’année. Et ensuite, qu’adviendrait-il ? Leur propre village, Dol’Valhar, était à peine plus grand et se trouvait à seulement une journée de carriole.

Charles vint la rejoindre de ce côté du comptoir. Il regardait la porte d’entrée donnant sur la nuit déjà bien avancée.

Devant la mine soucieuse qu’il affichait, elle leva les yeux au ciel.

Elle fit quelques pas entre les tables. Puis pivota, paumes vers le plafond.

Elle s’interrompit en détournant le regard, rosissant soudain à vue d’œil. Elle se mordit la lèvre inférieure, ne sachant quoi ajouter de plus. Charles ouvrit lentement la bouche, prit au dépourvus. Puis agita la main autant pour lui signifier que cela n’avait pas d’importance que pour dissiper ce brusque malaise entre eux.

Charles prit place à une table, y posant les coudes, songeur.

Carmen garda le silence comme il levait les yeux vers elle. Elle eut un léger rire sans joie.

L’homme esquissa une moue gênée.


Les deux lunes se faisaient discrètes ce soir-là. D’un pas nonchalant, Mandrak s’avança hors du sentier qui l’avait mené jusque-là. Il ne portait pas son armure mais un simple pourpoint et des vêtements légers. Tirant les mains de ses poches, il étudia l’édifice lui faisant face. Cette ruine différait des précédentes qu’il avait visité récemment : elle n’était justement pas en ruine. Contrairement à ce que lui avaient affirmés plusieurs personnes la veille au couchant.

Il croisa les bras, sceptique, mais s’approcha néanmoins. Il ne percevait pas un bruit à l’intérieur et ne distinguait nul signe de lumière derrière les volets clos. Le bois semblait entretenu. La porte et ses charnières récentes. Et nulle trace de mousse sur les pierres composant la structure.

Il soupira. Ce lieu était intriguant, mais ce n’était pas pour cela qu’il était venu. La demeure secondaire cachée de quelque nobliau n’était pas ses affaires. Les nuits étaient courtes en cette saison : il devait se hâter.

D’un pas rapide il entreprit de faire le tour du bâtiment, cherchant une quelconque trace de vie. Revenu devant l’entrée principale, il se fit une raison : le lieu était vide. Et pour cause, il ne percevait pas le moindre battement de cœur à l’intérieur. Mandrak approcha toutefois la porte épaisse. Le bois semblait juste verni et pas la moindre petite trace de rouille ne venait tacher les clous renforçant l’ensemble. Ce détail, ajouté à l’aspect immaculé du lieu, attisait sa curiosité. D’ailleurs, se fit-il la remarque, il n’avait pas vu une seule fenêtre dépourvue de barreaux en-dessous du second étage. Flambants neufs, eux aussi.

Définitivement, cet endroit était une énigme qu’il brûlait de résoudre. Il tourna la tête lorsqu’un rapace nocturne passa non loin avant de disparaître dans la nuit.

Via sa connexion unique avec les oiseaux, Gilnash aurait tout de suite pu… La lumière se fit dans son esprit. Mais bien sûr, c’était pourtant évident. Quelque magie était à l’œuvre et justifiait la qualité de cet édifice. Fermant les yeux, il expira par réflexe afin de focaliser son attention. Lorsqu’il les rouvrit, c’est un regard nouveau qu’il posa sur l’endroit. Jaillissant du sol, d’épaisses volutes d’énergie imperceptibles à l’œil nu venaient tourbillonner autour des murs. Par quelque sorcellerie, cet endroit était abrité des ravages du temps. Et quelle énergie. Il resta coi de ne pas l’avoir ressentie plus tôt. A peu de choses près, il revivait sa découverte des vents dans la clairière aux dolmens de Loren…

Tendant le bras, il happa quelques brises pour son propre compte, les filaments intangibles venant s’enrouler autour de son poignet. D’un effort de volonté, il condensa cette énergie et d’un claquement de doigts produisit une flammèche. Euphorique, il la vit enfler sans efforts, devenant un brasier allant jusqu’à lécher les branches des arbres. Que cette sensation grisante lui avait manq…

Un cri aigu le tira brusquement de ses rêveries. Une voix d’enfant, assurément. D’un revers il dissipa les flammes avant de revenir à l’édifice. Il n’avait pas imaginé cette voix, même plongé dans sa fascination arcanique.

D’une main posée contre le bois, il fit pression pour la pousser en arrière. Mais malgré sa force insoupçonnée, elle demeura immobile. Pas même un grincement de protestation du bois malmené.

Il fit quelques pas en arrière pour prendre de l’élan. Et sans plus cacher sa véritable nature, le vampire effectua un bond vertigineux en direction des étages. Il passa à travers une fenêtre du second, brisant la vitre comme son volet dans une pluie de verre et d’échardes.

Mandrak traversa deux pièces à toute vitesse, guidé par les cris de panique allant croissant. Il déboula dans un grand salon donnant sur une autre pièce. Une cheminée éteinte lui faisait face et de grandes fenêtres éclairaient la pièce depuis la droite. Au centre un petit homme abasourdit le dévisageait tout comme un gamin d’une dizaine d’années un peu plus loin. Ce dernier était recroquevillé contre une commode à un mètre de l’homme, vêtu d’habits luxueux. Bien que la peur puisse se lire sur le visage de l’enfant, lui aussi était bouche-bé quant à l’interruption du mort-vivant.

En un battement de cœur, le vampire dominait le noble, l’épée antique brandie au-dessus de sa tête. Il trancha en deux le maître des lieux sans plus de cérémonie. Froidement, Manesh’k se redressa avant d’être à son tour prit au dépourvu. Les quelques cheveux épars de sa victime avaient été soufflé par le coup violent qu’il venait de réaliser. Mais loin d’être tranché en deux, l’individu était indemne. Pas le moindre saignement. Même ses habits n’avaient pas été affectés par le coup au chef du combattant. Il balbutia un instant de surprise avant de comprendre.

Lentement, un sourire s’étira sur la face du petit homme. Levant un bras, il balaya l’air comme on chasse un insecte importun. La bourrasque qu’il engendra propulsa le vampire à travers la pièce, l’envoyant se fracasser contre le mur opposé. Mandrak vint rebondir contre un mur avant de rouler douloureusement devant l’enfant paniqué. Mâchoire crispée, il se força à ignorer la douleur et se redressa sur les coudes. Puis il coula un regard de colère en direction du revenant. Son sourire continuait de s’élargir, allant d’une oreille à l’autre et témoignant d’une malice qui n’avait rien de naturelle. Une sensation pernicieuse le parcouru soudain. L’épée Lahmianne n’avait pas eu le moindre effet. Et ses compétences dans les arcanes nécromantiques ne lui permettraient pas de se débarrasser de cette créature. Malgré ses siècles d’errances et de combats, le jeune patrouilleur frontalier de Lahmia qu’il était se retrouvait ici impuissant.

Il réprima un frisson et secoua la tête, chassant ces doutes à l’aide d’une froide détermination. Ces pensées soudaines, cette peur viscérale qui se frayait brusquement un chemin dans son esprit… L’autre mort-vivant s’insinuait dans ses pensées. Il ne devait surtout pas y céder.

Se relevant sur un genou, il passa un bras autour de l’épaule de l’enfant paralysé par la peur. Celui-ci poussa un cri et tenta de se débattre, mais lutter face à la force du vampire était vain. Un instant Manesh’k réalisa l’état dans lequel ce petit devait se trouver, si lui-même était à deux doigts de paniquer. Par le feu du dragon, d’où sortait ce spectre ?

Péniblement il se releva et remis son arme au fourreau. Elle ne lui servirait à rien. Il tendit les bras en direction de leur hôte toujours immobile. Il n’essaya même pas de prendre le contrôle de cet esprit : sur ce point les craintes qu’il lui avait instigué était fondées. Il n’en était tout bonnement pas capable. Dans un crépitement, des flammes apparurent dans les paumes de ses mains. Cet endroit était balayé par les vents de magie ? Qu’à cela ne tienne. Même ses maigres compétences actuelles suffiraient à réduire l’endroit en cendre dans ces conditions.

Il libéra un déluge ardent qui envahit la pièce. La chaleur et les flammes lui dissimulèrent momentanément le revenant. Toutefois, il doutait que celui-ci soit réellement incommodé par la pièce transformée en brasier. Prenant le garçon contre lui, il lorgna rapidement les différentes issues. L’ouverture par laquelle il était entré, la baie vitrée en face d’eux et une porte sur leur gauche vers une nouvelle pièce. Le spectre leur barrait la route aux deux premiers.

Sans perdre une seconde de plus, Mandrak s’élança dans cette direction. Il ne prit pas la peine de l’ouvrir, jetant son épaule en avant. L’impact brutal contre ses hanches le prit de court. Il s’écroula avec un cri mêlé de douleur et de surprise. Recroquevillé sur lui-même, il parvint à discerner l’obstacle imprévu venu s’interposer : la commode. Elle venait de glisser latéralement sur plus d’un mètre pour leur barrer la route.

Il n’eut le temps de poursuivre sa phrase. Une pièce de mobilier ardente vint s’écraser contre le vampire à terre. Le choc contre son bras et ses côtes déjà meurtries lui monta les larmes aux yeux. Et malgré la tourmente il devinait que le pire était encore à venir.

Prenant sur lui-même et serrant les dents à s’en briser les crocs, il roula de côté en emportant le gosse avec lui. L’instant suivant, deux bûches venues tout doit de l’âtre venaient rejoindre le fauteuil l’ayant écrasé plus tôt. Il fit un pas en direction de la baie vitrée, mais interrompit aussitôt sa course comme le lustre venait s’encastrer dans le parquet en lui frôlant les genoux.

Sans s’attarder il enjamba le plafonnier, tirant par le dos de son manteau rapiécé l’enfant tétanisé par cette scène irréelle. Il poursuivit sur sa lancée, soucieux de quitter cette demeure et son hôte intangible. Quelques enjambées seulement les séparaient des immenses fenêtres. Mais à peine eut-il fait un pas de plus que le sol se déroba sous ses pieds.

La carpette aux couleurs passées sur laquelle ils se trouvaient avait fusé dans la direction opposée à sa course. Il s’écrasa sur le parquet de tout son long en jurant, échappant le pauvre gamin.

Sonné, il se redressa une fois de plus sur les coudes, prêt à encaisser un nouveau projectile improvisé. Mais celui-ci ne vint pas. Le fantôme, nullement dérangé par la fournaise dont le vampire avait totalement abandonné le contrôle, les dévisageait de ses yeux vitreux. Il ne s’était pas défaussé de son sourire malsain, visiblement très amusé par les efforts du vampire.

Les fenêtres. Elles étaient à la fois si proche et si éloignées. Ils devaient les atteindre. Coûte que coûte. Tirant à nouveau le garçon contre lui, il lâcha un hoquet de surprise. Ce n’était plus l’enfant qu’il serrait contre sa poitrine mais l’occupant de cette sinistre demeure qui lui offrit son sourire le plus macabre. Avec un glapissement de surprise, Mandrak le repoussa. En vain : ses poignets passèrent à travers le corps immatériel. En désespoir de cause, il rampa en arrière pour s’éloigner du petit homme, s’éloignant de son échappatoire tant désiré.

Il avait perdu le môme. Cette chose jouait avec ses sens. Elle le manipulait comme un marionnettiste agite les fils de son pantin. Rien de ce qu’il voyait n’avait de sens, hormis les blessures qu’il accumulait au fil des secondes. A ce rythme-là il aurait succombé aux illusions et artifices de ce maudit spectre dans quelques minutes. Acculé, il s’adossa au mur et ferma les yeux.

Rien de ce qu’il voyait n’avait de sens. Il n’entendait que le crépitement de ses propres flammes. Ne sentait que poussière de ce lieu et la fumée de ses flammes. Le phantasme dans lequel il évoluait touchait ses cinq sens. Même les vents de magie qu’il discernait n’étaient que foutoir et il n’avait pas le temps de les démêler. Néanmoins… il restait un sens auquel il pouvait se fier. Un sens que son bourreau ne pouvait connaître et donc abuser : les battements affolés d’un petit cœur. Rapides. Précipités par la terreur. Mais réels. Juste là, de l’autre côté de la porte bloquée par la commode. Il les percevait avec toute la précision du prédateur ayant ferré sa proie. Par quelque artifice, l’esprit était parvenu à lui faire quitter la pièce !

Visiblement amusé, l’autre inclina la tête sans se départir de son sourire morbide, s’étirant littéralement d’une oreille à l’autre.

A cours d’options, Mandrak expira lentement avant d’esquisser une grimace. Il rebroussa sa manche gauche avant de poser l’index sur une boursouflure au milieu de son poignet. Se forçant au calme, il ferma à nouveau les yeux et se détourna du spectre comme de l’enfant. Il n’y avait aucune échappatoire à ce traquenard. Nulles armes ou magies n’affectaient l’être immatériel.

Toutefois, le vampire possédait un dernier atout. Une carte que jamais il n’aurait imaginé utiliser dans ces conditions. Canalisant le vent noir avec précaution, Mandrak ouvrit un passage depuis l’excroissance lovée au creux de son bras.

Un grondement bestial résonna aussitôt dans la pièce comme la température, déjà basse malgré ses flammes, chutait de quelques degrés de plus. Il sentit un filet d’air repousser ses cheveux en arrière. Puis le parquet trembla sous un poids imposant. Un hoquet de surprise vint lui arracher un sourire de satisfaction comme il rouvrait les yeux.

Dominant le petit homme de toute sa hauteur, la créature conjurée était plus haute que le vampire lui-même. La tignasse immatérielle de l’homme éthéré fut projetée en arrière lorsque le monstre renâcla. Exactement comme lorsque Mandrak l’avait pourfendu en deux lors de son arrivée. Sauf qu’à présent le sourire suffisant de ce fantôme avait disparu, remplacé par une grimace d’effroi. Il faisait désormais face à un énorme reptile dressé sur deux pattes. Sa mâchoire garnie de crocs transparents s’abaissa à quelques centimètres de son visage.

Ouvrant la gueule, le sang-froid spectral poussa un rugissement sauvage avant de happer le petit homme. Avec une furie animale, le monstre intangible secoua la tête de droite à gauche, déchirant les chairs immatérielles de sa victime. Mandrak eu la satisfaction de voir des projections de matières visqueuses à travers la pièce. Il saignait de l’ectoplasme. Sa monture lustrienne, habituellement incapable de toucher qui que ce soit d’autre que lui-même, pouvait blesser leur adversaire. D’un dernier mouvement de tête, elle projeta les restes du spectre qui volèrent à travers la pièce. Toutefois, Mandrak ne fut pas surpris de voir non pas un corps déchiqueté rouler au sol mais le petit homme dont les blessures avaient déjà disparues. Au détail près qu’il ne souriait plus et qu’une nouvelle émotion se lisait dans son regard jusque-là insondable. De la peur.

Sans perdre un instant, il passa derrière le reptile qui se précipitait sur le fantôme avec un cri aigu. Sans effort, Mandrak envoya voler cette foutue commode. Et le coup de pied qu’il assena à la porte en fit trembler le chambranle. Le garçon se trouvait effectivement de ce côté du mur. Il posa sur le vampire un œil emplit de folie. Ses joues étaient inondées de larmes, traçant de multiples sillons dans la suie dont il était maculé.

Mandrak s’agenouilla un instant à sa hauteur, prenant le temps de plonger son regard dans le sien. Avec intensité il déclara :

Aussitôt le visage du garçon se décrispa. Ses yeux s’agrandirent, subjugués par ces prunelles écarlates.

A aucun moment il ne sentit le sol disparaître sous ses pieds comme un brouillard cotonneux emplissait brusquement la limite de son champ de vision.

Le gamin sous le bras, Mandrak dévala quatre à quatre les marches d’un escalier donnant sur le vestibule du rez-de-chaussée. A l’étage, la bataille faisait rage, de la poussière tombant du plafond à chaque pas du reptile. Le vampire doutait sincèrement que le nauglir vienne à bout de leur hôte. Néanmoins, il leur faisait gagner un temps précieux. A présent, le môme était en sécurité contre lui et leur agresseur occupé. La sortie leur tendait les bras. Main sur la poignée, il ouvrit grand la porte qui n’opposa aucune résistance. Néanmoins, il s’abstint de fuir dans la nuit. Il n’aurait probablement pas de meilleure chance de détruire ce monstre et revenir l’affronter une autre nuit sans l’effet de surprise ne l’enchantait guère.

Sans reposer l’enfant, Mandrak revint au centre de la pièce. Il était temps de se pencher sur la pagaille arcanique qu’était cette demeure. S’ouvrant aux vents, il retrouva dans son champ de vision les volutes d’énergies immatérielles qui se superposèrent à la réalité. Il discerna sans peine l’agitation engendrée par la conjuration de sa monture. Il l’ignora. Tout comme Aqshy et deux autres vents colorés dont il ignorait les noms. Ne restait que le vent sombre. Le vent des morts. Il tourbillonnait furieusement en direction du plafond tel un cordon ombilical… reliant le spectre dans ce monde ? Se pouvait-il que cet homme désincarné soit relié à cet endroit par une ancre spirituelle ?

Esquissant un sourire carnassier, Mandrak se détourna de la porte d’entrée. Il remonta à la place le courant arcanique jusqu’à un nouvel escalier. Il s’enfonçait dans les profondeurs du bâtiment, vers la cave. Sans hésiter, il plongea dans les ténèbres. L’enfant ne discernait probablement plus rien, mais c’était probablement pour le mieux. Le vampire y voyait comme en plein jour et même lui sentit son estomac protester. Les gosses disparut étaient là. Tous. Leurs corps méconnaissables, chacun mutilé de plus atroce manière que le précédent. Et au beau milieu de ce charnier, incrusté dans le sol par la poussière et la saleté, gisait les restes momifiés d’un individu de petite taille. Sans surprise, de ce cadavre jaillissait le flux arcanique qui disparaissait dans les étages.

Sans plus de cérémonie, Mandrak leva son bras libre et claqua des doigts. Aussitôt, une étincelle embrasa le corps ancien. D’une pensée, il attisa les flammes qu’il propagea rapidement aux restes des malheureux. Un repos qui ne serait jamais plus troublé était la seule chose qu’il pouvait leur offrir désormais.

Un hurlement résonna soudain dans les étages. Le fantôme jusque-là muet semblait avoir retrouvé la parole comme sa dépouille rôtissait face au vampire. Et tout aussi brusquement, le cri s’arrêta. Mandrak eut la satisfaction de voir les derniers filets de magie s’étioler sous ses yeux, consumé par Aqshy comme les restes l’étaient par ses flammes. Quel que soit la sorcellerie qui avait lié ce fou à cette demeure, il était parvenu à la dissiper.


Tenant la main du garçon, il s’abaissa une dernière fois à sa hauteur, captant son regard.

Le vampire approuva d’un hochement de la tête. Le regard vague, l’enfant fit un premier pas maladroit. Puis marcha jusqu’à chez lui tel un automate, a peine conscient de ces propres mouvements.

Satisfait, Mandrak se releva. Au lever du jour, le petit n’aurait aucun souvenir de son aventure. C’était mieux ainsi. Ces pauvres gens n’avaient pas besoin de savoir quel mal se tapissait à quelques kilomètres de chez eux. Jusqu’à cette nuit.

Faisant demi-tour, il s’engagea tranquillement dans les ombres du sous-bois. L’imposante créature immatérielle leva le mufle en sa direction comme il approchait. Chose rare, il gratifia le reptile spectral d’une caresse sur le museau. Il lui devait une fière chandelle sur ce coup là.

Las, il se tourna vers le ciel obscur. Il discernait à peine les lunes avec la végétation au-dessus d’eux. Mais devinait l’heure avancée. Il ne serait pas de retour au village pour l’aube. Il lui faudrait passer le jour tapis dans les bois. Ses épaules s’affaissèrent lentement. Entre ses habits en lambeaux et maculés de suie ou le retard dont elle ne manquerait pas de s’inquiéter, il redoutait d’avance les reproches de Carmen…